24 avril 2009
J'aurais voulu être égyptien d'Alaa El Aswany
Après le succès de « L'immeuble Yacoubian » et de « Chicago », Actes Sud nous offre pour la plus grande joie des lecteurs un inédit de l'égyptien Alaa El Aswany. Dentiste le jour, écrivain la nuit, cet auteur porte un regard amoureux mais lucide et implacable sur l'Egypte d'aujourd'hui dans un recueil de nouvelles dont la publication avait été interdite il y a une dizaine d'années par l'état égyptien.
« J'aurais voulu être égyptien » nous plonge dans la fresque colorée d'une Egypte en proie aux contradictions et aux excès militaires, religieux ou politique et veut dénoncer l'hypocrisie et l'obscurantisme. Mais au-delà de cette satire sociale, Alaa El Aswany peint une comédie humaine savoureuse et cocasse, dont les personnages pimentés nous font découvrir les saveurs multiples d'un pays chaleureux et haut en couleur. Un écolier infirme qui tente de faire du vélo, un étudiant transi d'amour pour une jeune fille réservée, un homme fasciné par l'Occident, un dévôt hypocrite, les effluves des parfums méditerranéens, la chaleur des épices, les ruelles, le soleil accablant... Autant de détails foisonnant qui laissent l'impression d'un regard indiscret et entrouvrent au lecteur une porte sur l'intimité d'un quotidien inconnu des touristes.
06 mars 2009
Où on va papa ?
Le dernier livre de Jean-Louis fournier mérite largement son succès et son couronnement par le Prix Femina 2008. Ce texte a été pour moi une claque et a bouleversé mon regard sur le handicap et encore plus sur ce que doivent supporter au quotidien les proches de personnes handicapées mentalement.
Jean-Louis Fournier a choisit de nous parler de ses deux fils nés avec une lourde déficience mentale et physique. Pourquoi aujourd'hui ? Pour ne pas qu'on les oublie trop vite, mais aussi pour dire ses remords...
Et puisque comme à chaque fois que je suis touchée, j'ai du mal à trouver mes mots, voici ceux de l'auteur, qui parlent d'eux même :
"Vous dire que je regrette qu'on n'ait pas pu être heureux ensemble, et peut-être, aussi, vous demander pardon de vous avoir loupés."
"Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler de vous avec le sourire. Vous m'avez fait rire, et pas toujours involontairement.
Grâce à vous, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec vos études, ni votre orientation professionelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de ce que vous ferez plus tard, on a rapidement su que ce serait : rien."
"J'ai parlé de mes enfants, j'ai insité sur le fait qu'ils me faisaient souvent rire avec leur bêtise et qu'il ne fallait pas priver les enfants handicapés du luxe de nous faire rire."
J'ai surtout été touchée par ce passage lors duquel J.-L. Fournier
reçoit des amis pour un dîner, et personne ne parle jamais de ses
fils... et personne ne s'est jamais aperçu que l'un des deux est mort.
On ne parle pas des handicapés, ce n'est pas politiquement correct, ça
gêne tout le monde... J'admire énormément la façon dont J.-L. Fournier
jette à bas ce politiquement correct et OSE. Bravo !
Mais attention à ne pas s'y méprendre, une très grande sensibilité affleure derrière l'humour noir et grinçant de cet ami de Desproges.
Ce livre est bouleversant, lisez le absolument. Une fois en main,
impossible de le lâcher, il se lit d'une traite, facsine, horrifie,
donne parfois envie de pleurer mais aussi fait rire...
Où on va, Papa ? de Jean-Louis Fournier, éd. Stock. 2008
13 octobre 2008
La relieuse du gué

J'ai déniché cette petite perle au milieu d'un carton d'office, et j'en suis tout à fait ravie, puisque La relieuse du gué est un roman très agréable...
Riche en saveurs, une intrigue surprenante, des personnages pleins de vie !
Pour faire court : Mathilde, qui a appris le traditionnel métier de la reliure avec son grand-père, s'installe en Dordogne, et se lie d'amitié avec les pittoresques commerçants de sa rue (personnages qui ne manquent pas de piquant, d'ailleurs... du boulanger tonitruant à la folie douce du cordonnier, en passant par le mystérieux horloger)
Un jour, un inconnu à l'odeur de fougères lui dépose un livre mystérieux et meurt subitement. Mathilde va devoir retrouver seule l'origine du livre...
Un bon roman, donc, qui m'a fait découvrir le monde de la reliure !
A lire : la très jolie note de Cathe sur le même livre, qui m'a donné envie de le lire !
03 octobre 2008
Aujourd'hui, j'ai envie de dire... :
L'opportuniste
Jacques Dutronc
"Je suis pour le communisme
Je suis pour le socialisme
Et pour le capitalisme
Parce que je suis opportuniste
Il y en a qui contestent
Qui revendiquent et qui protestent
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne ma veste, je retourne ma veste
Toujours du bon côté
Je n'ai pas peur des profiteurs
Ni même des agitateurs
J'fais confiance aux électeurs
Et j'en profite pour faire mon beurre
Il y en a qui contestent
Qui revendiquent et qui protestent
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne ma veste, je retourne ma veste
Toujours du bon côté
Je suis de tous les partis
Je suis de toutes les partys
Je suis de toutes les cauteries
Je suis le roi des convertis
Il y en a qui contestent
Qui revendiquent et qui protestent
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne ma veste, je retourne ma veste
Toujours du bon côté
Je crie vive la révolution
Je crie vive les institutions
Je crie vive les manifestations
Je crie vive la collaboration
Non jamais je ne conteste
Ni revendique ni ne proteste
Je ne sais faire qu'un seul geste
Celui de retourner ma veste, de retourner ma veste
Toujours du bon côté
Je l'ai tellement retournée
Qu'ell' craqu' de tous côtés
A la prochain' révolution
Je retourn' mon pantalon"
25 septembre 2008
Mon petit chéri de cette fameuse rentrée...
Voici un très beau livre, découvert à l'occasion de la rentrée littéraire, d'une auteure à la plume libre et et ma foi fort agréable.
J'avais déjà beaucoup apprécié son premier roman : Dans le ventre de l'Atlantique, l'histoire déchirée d'une jeune africaine emigrée en France, et qui raconte l'éternelle histoire des expatriés, déjà étrangers en terre d'accueils, et devenus étrangers en terre maternelle...
"Née dans l'île de Niodor, au Sénégal, Fatou Diome quitte son pays natal pour poursuivre ses études en France. Une expérience difficile dont elle s'inspirera pour écrire son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé 'La Préférence nationale'. Son premier roman, 'Le Ventre de l'Atlantique', écrit avec humour et finesse, a remporté un succès mérité." (evene.fr)

Inassouvies, nos vies, Fatou Diome, Flammarion
Dans ce nouveau roman, Fatou Diome interroge la vie, les battements des coeurs, la solitude ...
Quel sens se cache dans le mot « habitation » ? Quels sont ces blocs de pierre et de béton qui tentent de s'ériger en cadres de nos vies ?
Betty, la trentaine solitaire, va comme une loupe détailler le quotidien des habitants de l'immeuble d'en-face et se prendre d'amitié pour une vieille dame qu'elle accompagnera sur un bout du chemin. Les vies se croisent, des liens se font et se défont, toujours trop fragiles... Betty saura-t-elle vivre, elle aussi, non à travers les autres, mais pour elle, enfin ?
L'inassouvi, ce vide au creux de nos vies, ce manque insatiable à combler qui nous pousse à aller en avant, devient le fil conducteur d'un livre poétique et bouleversant, au goût de miel et à la douce mélodie de la kora.
« Inassouvis, nous survivons. Inconsolables, nous demeurons. Djéli ! Djéli, joue pour nous, nous les Humains, les Inassouvis ! »
" Inassouvie, la vie aspire, sans retenue, nos heures, des heures de miel de sapin ou fleur de sel. "
***
Et pour vous donner une idée de ce que peut être une mauvaise surprise :
ce midi, j'ai reçu un sms de ma banque me disant (oh joie ! oh bonheur !) que j'avais actuellement un peu plus 1500 € sur mon compte... la fin du sms était moins réjouissante : "ceci est un sms test, les données précédentes sont fictives"... Je hais les banquiers.
07 avril 2008
Des Fleurs pour Algernon
Lu dans le train la
semaine dernière... Un livre vraiment très intense, qui
vous secoue et vous met une grande claque !
Charlie a 33 ans, mais est resté au stade d'évolution mentale d'un enfant de 6 ans à peine. Il donne un coup dans une boulangerie, et apprend à lire aux cours du soir d'Alice. Un jour, il accepte de servir de cobaye a une expérience sur le cerveau, encore inédite sur l'humain : il va subir la même opération que la souris Algernon, voire son QI se développer soudainement et acquérir une incroyable capacité à apprendre...
Pourquoi Charlie ? Parce que même « bête », il est extrêmement motivé pour devenir « un telli gens ». Dans les compte-rendus qu'il écrit presque tous les jours, nous suivons son évolution incroyable et nous tremblons avec lui : comment tout ça peut-il finir ?
Comment va-t-il réagir quand il se rendra compte que ceux qu'il croyait ses amis ne riaient pas avec lui mais de lui ? Quel impact va avoir sur ses émotions cette nouvelle lucidité ?
Charlie devient vite un surdoué, mais il est vite désemparé face à la complexité du monde sentimental. Rapidement, un décalage apparaît entre son niveau mental qui a évolué extrêmement vite et son niveau affectif qui a encore tout à apprendre.
Des fleurs pour Algernon soulève des questions morales et bioéthiques épineuses, et je pense qu'il faut en retenir cette question douloureuse que pose Charlie aux savants qui l'ont opéré : pourquoi parlent-ils du Charlie retardé mental d'avant comme un simple cobaye ou une non-personne, alors qu'ils considèrent le Charlie intelligent de maintenant comme une personne respectable ?
Pourquoi Charlie lui-même va-t-il rire d'un handicapé mental qui « fait le clown » inconsciemment ?
La science peut-elle manipuler ce qu'on appelle l'intelligence sans affecter les émotions ?
Ce livre a été une sorte de révélation, et je pense qu'il est à mettre et remettre entre toutes les mains, dès l'adolescence. Achetez-le, ne serait-ce que pour le prêter, l'offrir, le conseiller... Il est indispensable.
Des Fleurs pour Algernon, Daniel Keyes, chez Tribal (Flammarion) ou chez J'ai Lu.
Un grand merci aux 3 amis qui me l'ont conseillé vivement !
21 mars 2008
L'enfant dans la boîte aux lettres...
Vendredi soir, 23h30. j'attends le prince charmant qui s'est absenté pour la soirée, et je décide d'ouvrir le bouquin qu'il faut que je lise, vu que l'auteure (qui est une bonne cliente) vient faire une séance de dédicace à la librairie dans 15 jours...
Une histoire d'adoption, à peine 200 pages, je me dis que ça va être vite lu, et que je pourrai passer à autre chose rapidement. Le live de Woodstock en musique de fond, et c'est parti.
Pour être vite lu, c'est vite lu ! Dévoré...
Une histoire extrêmement touchant, d'autant plus qu'elle est entièrement vraie.
Marie-Luce Debar (nom de plume, elle préfère garder l'anonymat) nous conte le récit de l'adoption de son "fils" Arthur, enfant colombien d'environ 7 ans. L'adoption qui devait se transformer en conte de fée tourne vite à l'épreuve pour Marie-Luce, puisqu'elle se rend rapidement compte qu'aucun lien affectif ne se crée entre elle et Arthur : il paraît adorable, mais on ne sait jamais ce qu'il pense, le dialogue se limite à tout ce qu'il y a de plus conventionnel, on dirait qu'il mène une double vie intérieur... Les années passe, et sont vécues comme une période de crise, morale et spirituelle pour la maman adoptive qui culpabilise de ne pas réussi à aimer ce petit étranger (dans tous les sens du terme), et qui ne sait plus à qui s'en remettre.
Jusqu'au jour où... Un bouquin sur l'adoption leur donne l'idée, à elle et son mari, de retourner en Colombie pour retourner sur les traces de la vraie famille d'Arthur. En effet, l'adoption a été tout sauf claire, et le dossier est peu loquace sur les conditions de l'abandon d'Arthur... qui se rappelle très bien de sa vraie maman qu'il croie toujours vivante.
Je ne vous donne pas toutes les clés, pour vous donner envie de lire ce témoignage, mais je vous livre ce qui fait son intérêt : Arthur et ses parents adoptifs vont découvrir qu'il n'a jamais été abandonné, et qu'un partie de sa famille l'a toujours continué à le chercher à Bogota, sans succès... Retrouvailles émouvantes avec les frères et le papa. Arthur a en réalité 3 ans de plus. Aujourd'hui, il a 19 ans et vit toujours en France où il suit des études en alternance dans la restauration, dans le but de retourner en Colombie ouvrir un restaurant avec ses frères.
Je ne trouve pas les mots pour décrire ce parcours de vie ? Dingue ? Hallucinant ? En tout cas, je ne peux qu'admirer le courage de Marie-Luce qui a su ne pas désespérer dans les moments les plus dur, et qui a du comprendre que "aimer" l'autre c'est surtout lui vouloir du bien... Te voglio bene, comme on dit en Italie. C'est elle qui s'est battue griffes et ongles pour qu'Arthur puisse retrouver sa famille et enfin s'ouvrir. Elle voulait un deuxième fils, et finalement au lieu d'être une maman elle a servi de transition pour que ce petit colombien ait une enfance heureuse, et puisse retourner dans son pays à la fin de ses études. Elle va réussir à le laisser partir, sans rancune, sans tristesse, juste avec le bonheur d'avoir pu faire quelque chose pour lui.
C'est à la fois magnifique, très dur, et très respectueux.
Bravo à cette femme admirable !
L'enfant dans la boîte aux lettre (une mère adoptive témoigne), chez Mame - Edifa, 2008.
12 mars 2008
Quatres maisons et un exil
Quatre maisons et un exil m'a
tellement touché que je ne sais pas comment vous faire
ressentir le tumulte d'émotions qu'il a provoquées en
moi. Donc, avant tout, jetez-y un œil, voire deux, vous ne serez pas
déçus...
Ce roman est d'abord l'histoire Amir et Noa, un jeune couple qui tente la vie à deux, dans une petite ville à mi-chemin entre Tel-Aviv et Jérusalem, villes où ils suivent respectivement leurs études.
Puis viennent Sima et Moshé, les propriétaires qui habitent la maison mitoyenne : une jeune femme qui s'ennuie chez elle, un homme qui se laisse influencer par les pressions très religieuses de son frère rabbin.
Et puis il y a les voisins d'en face, qui sont paralysés par la peur et le deuil depuis que leur fils soldat est tombé au Liban, et qui oublient un peu trop leur deuxième fils, Yotam.
Entre ces maisons, un fil rouge, celui de l'exil... Exil du meilleur ami parti faire le tour de l'Amérique du Sud. Exil d'Amir qui a passé sa vie a déménagé, et qui n'arrive pas à se fixer. Exil de ceux qui ont trop souffert et qui quittent Israël, cette terre fierté de l'Orient mai qui baigne dans trop de sang. Et enfin, exil de Sadek, l'ouvrier arabe qui dans reconnaît dans la maison de Moshé le foyer que ses parents ont du quitter en 1948 lors de la création d'Israël, et dont ils ont encore la clef.
Destins croisés, pays déchiré... Le quotidien d'Israël dit avec des mots simples : les histoires d'amour des étudiants fans de Nirvana, les pita et les falafels pris dans les snacks, et les projets d'avenir. Les religieux, les laïques, les attentats, la peur. Mais surtout les rêves de paix, ancrés dans le présent, tournés vers l'avenir, dans ce pays où tout reste à faire.
Eshkol Nevo nous offre un très grand livre, plein de sensibilité et de clairvoyance sur les sentiments et les relations entre hommes et femmes, entre parents et enfants, mais aussi entre les peuples. Une belle réflexion sur ce que peur vouloir dire « avoir un foyer » et qui permet de comprendre un peu mieux la société israëlienne.
Quatre maisons et un exil a reçu le Gold Book Prize en 2005, ainsi que le tout jeune prix franco-israëlien Raymond Wallier.
Quatre maisons et un exil, Eshkol Nevo, Gallimard, 2008.
09 mars 2008
Baguettes Chinoises
Dans
la Chine campagnarde, les « baguettes » ce sont
ces jeunes filles qui contrairement aux « poutres »,
leurs frères, ne peuvent pas devenir les piliers d'une maison.
Xinran nous conte dans ce très beau livre le récit de
trois soeurs, auxquelles leurs pères n'a même pas voulu
donner de nom mais juste un numéro, déçu
qu'elles ne soient pas nés hommes. Nées dans la
campagne profonde, illettrées ou presque, ces trois jeunes
filles vont quitter leur ferme pour éviter un mariage forcé
et tenter leur chance à Nankin.
Par leurs yeux, le lecteur sort d'une campagne moyen-âgeuse pour découvrir la folle modernité d'une mégalopole chinoise. On découvre alors une Chine qu'on connaît trop mal, celle des inégalités sociales, du fossé temporel qui sépare ville et campagne. Cette Chine qui évolue sans cesse et qui joue avec les paradoxes, où ceux qui n'ont pas accès à l'éducation seraient condamnés s'ils n'avaient pas une si forte capacité d'adaptation.
Baguettes chinoises est un roman vraiment passionnant, que j'ai dévoré et qui prouve une fois de plus le talent de Xinran quand elle écrit sur les femmes chinoises. À lire absolument, que l'on soit intrigué par la Chine, par les conditions de vies des femmes d'ailleurs, ou tout simplement pour s'ouvrir à une littérature originale et différente, qui n'hésite pas à parler des contradictions de ce grand pays...
Baguettes Chinoises, Xinran, ed. Picquier, 2008.


